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Quelles langues mon enfant doit-il apprendre?

« L’enfant n’est pas un vase qu’on emplit, mais un feu qu’on allume. » Montaigne

«  Quelles langues mon enfant doit-il apprendre? ». Telle est la question récurrente que les parents se posent au moment de choisir la première ou deuxième langue étrangère de leur enfant. La question est complexe et la réponse tout aussi difficile à donner, tant ce type de choix dépend de nombreux critères individuels et familiaux. Néanmoins, voici une série de critères qui vous permettront de faire un choix avisé.

  • La motivation et la réussite

La meilleure langue étrangère à apprendre est celle que votre enfant apprendra avec succès. Et, la motivation est l’un des facteurs les plus importants qui influent sur la réussite dans l’apprentissage des langues (comme du reste).

Si votre enfant apprend une langue parce qu’il sait qu’il en aura besoin dans un avenir proche  (pour se débrouiller lors de vos prochaines vacances a l’étranger, pour communiquer dans le nouveau pays ou vous allez déménager) ou lointain (pour entrer dans telle ou telle école, pour effectuer une partie de ses études a l’étranger, pour accéder un type d’emploi précis), son apprentissage sera alors motivé par ce qu’on appelle la motivation instrumentale ou extrinsèque.

Mais il existe un autre type de motivation qui joue un rôle majeur dans l’apprentissage d’une langue, c’est la motivation intrinsèque. Le fait de pouvoir communiquer avec un professeur sympathique de recevoir des commentaires positifs et de constater semaine après semaine les progrès effectués, le fait d’éprouver de la joie et du plaisir à converser dans cette nouvelle langue sont autant de moteurs pour apprendre.

Il est important de noter qu’aucune quantité de livres lus ou de films regardés dans la langue cible ne peut jamais remplacer la communication avec un véritable interlocuteur natif.

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  • Le poids des langues

Evidemment, chaque langue dispose d’un cercle d’influence plus ou moins grand. Le choix d’une langue peut donc être guidé par son importance dans le monde. Dans le TOP 3 des langues les plus parlées au monde, on retrouve:

  • Le mandarin, qui est aujourd’hui langue la plus parlée au monde avec près de 860 millions locuteurs natifs et 450 millions de personnes qui le parlent comme seconde langue.
  • L’anglais qui est la première langue officielle d’une centaine de pays. Les anglophones, de langue maternelle, sont environ 425 millions répartis sur tous les continents. L’anglais est aussi une des langues les plus influentes, car au-delà du fait qu’elle soit parlée comme langue officielle par des millions de personnes, elle est aussi la « première seconde langue » choisie par près de 750 millions de personnes
  • L’espagnol, avec environ 340 millions de « native speakers », qui est parlé dans près de 31 pays répartis majoritairement en Amérique Latine (en plus de l’Espagne).
  • Par ailleurs, en France et pour l’ensemble des enfants européens, l’allemand fait partie des langues les plus étudiés à l’école. 13% des élèves de l’Union Européenne apprennent l’allemand au college et 20% au lycée. Et, il y existe entre 110 et 120 millions de germanophones dans le monde ayant l’allemand comme langue maternelle.

Une vidéo intéressante sur les langues les plus parlées dans le monde

 

  • La difficulté de chaque langue et sa richesse

Certaines langues sont plus difficiles que d’autres à maitriser. Par exemple, un anglophone mettra en moyenne 2 200 heures, soit 88 semaines, pour parler un tant soit peu le japonais. Le Chinois, l’Arabe et le Coréen prennent à peu près autant de temps. Inversement, on estime qu’il faut 23 à 24 semaines, soit 600 heures, pour qu’un anglophone apprennent l’espagnol ou l’italien.

 

Mais quelle que soit la langue que l’on apprend, l’exercice est toujours excellent pour le cerveau. Par exemple, pour le chinois qui est une langue non indo-européenne, la confrontation à des schémas linguistiques radicalement différents a un impact très positif sur l’appréhension des langues en général, et donc indirectement sur la connaissance de chacune d’entre elles. C’est ce qui, d’ailleurs, vient d’être mis en évidence par une étude publiée en 2016 dans la revue Nature : plus on apprend de langues et plus on les apprend tôt, plus on est capable d’en apprendre de nouvelles.

Alors plus une minute à perdre avec vos enfants ! Faites leur apprendre une nouvelle langue dès maintenant. Ils vous en seront éternellement reconnaissants.

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Apprendre une langue avec le bon accent : pourquoi vos enfants sont-ils meilleurs que vous ?

L’un des enjeux lorsque l’on apprend une nouvelle langue est de prendre le « bon » accent, c’est à dire de perdre l’accent de sa langue d’origine. Les Français sont connus pour leur accent «  so frenchy » quand ils parlent une langue étrangère. Cela peut avoir des avantages – ainsi qu’un certain charme – mais cela peut aussi occasionner certaines frustrations. Peut-on perdre son accent ? Quand et comment apprendre une langue avec le bon accent ? Les enfants ont-ils des facilités pour imiter et intégrer les accents ?

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Un accent, c’est quoi ?

Le mot « accent » signifie étymologiquement « pour le chant » (ad cantum en latin). Ce mot est employé pour décrire une manière de parler ou des spécificités de prononciation. De ce fait, il est un marqueur d’origine (géographique, sociale, etc.) de la personne qui parle: accent britannique, accent québécois, accent espagnol….

Pour parler, il faut plusieurs « ingrédients »: voyelles, consonnes, mélodie, vitesse… Notre accent, c’est l’usage que nous faisons de chacun de ces ingrédients. Le mélange de ces ingrédients nous renseigne sur la personne qui parle et permet de savoir d’où elle vient.

Les francophones ou anglophones de diverses origines parlent différemment, mais l’accent n’existe que lorsqu’il est remarqué par d’autres. Nous remarquons surtout une prononciation différente de la nôtre ou différente de ce que nous pensons être une bonne prononciation ou de ce que nous considérons comme la référence. Il existe ainsi certaines formes d’accents « standards » comme la « Received Pronunciation » au Royaume-Uni, qui est généralement l’accent que l’on entend sur la BBC et comme le « General American » ou le « Standard American English » aux États-Unis, qui correspond à l’accent du centre-ouest du pays.

 

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Prononce-t-on mieux une nouvelle langue quand on est enfant ?

L’âge des apprenants est une donnée cruciale dans l’apprentissage de la prononciation des langues étrangères. Les enfants de moins de 12 ans n’ont généralement pas besoin de fournir d’efforts particuliers pour prendre les « bons » accents; les modes articulatoires de la langue maternelle n’ont pas encore figé leur appareil articulatoire, qui s’adapte facilement à la prononciation des sons étrangers. Le « crible perceptif » qui, chez des adultes monolingues, fait “passer” (permet de différencier) seulement les sons de la langue maternelle, ne fait pas encore barrage. Cela permet aux jeunes enfants d’assimiler les sons et l’intonation d’une nouvelle langue en se basant uniquement sur l’imitation, avec quelques indications articulatoires.

Il existe tout de même deux conditions importantes:

  • les élèves doivent avoir un bon modèle à suivre en la personne de l’enseignant;
  • ils doivent avoir à leur disposition un support auditif interactif et motivant

C’est pour cette raison que VivaLing propose des cours de langues avec des coaches de langue maternelle, capables d’interagir avec les enfants en leur donnant un modèle à imiter et de corriger leurs intonations, si nécessaire.

Chez VivaLing, tous les coaches ont des accents neutres ou légers, quelle que soit la langue enseignée. Néanmoins, afin que nos élèves puissent apprendre une langue dans toute sa richesse et sa diversité, nos coaches proviennent de pays et d’horizons différents. Cela nous permet ainsi de proposer des « tandem de coachs » pour que nos élèves qui apprennent l’espagnol puissent le faire avec un coach espagnol et un coach sud-américain, ou pour ceux qui apprennent l’anglais avec un coach britannique et un américain.

 

Pour inscrire vos enfants chez VivaLing, c’est par ICI

 

Le parcours de votre enfant avec VivaLing

Commencer tôt, bien apprendre, ne pas oublier : voilà les étapes simples du parcours de votre enfant avec VivaLing. Découvrez-en plus ci-dessous sur le cadre théorique conçu par VivaLing et sa mise en œuvre pour favoriser l’obtention de résultats concrets. Vous pouvez aussi vous référer aux articles correspondants de notre blog.

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Trois facteurs déterminants pour l’apprentissage des langues par les enfants

Prenez un enfant à un stade donné de son développement. Toutes choses égales par ailleurs, l’efficacité de son apprentissage de langue étrangère sera déterminée par trois facteurs clés : la quantité d’activité langagière, la motivation, et l’interaction sociale.

Ce que nous résumons par activité langagière est en fait la réunion de plusieurs concepts différents et complémentaires qu’énonce parfaitement Shumei Zhang (2009). L’input est la quantité de langue cible à laquelle l’apprenant est expose et que son cerveau traite. L’input est indispensable, mais pas suffisant pris isolément. Le feedback, ou retour d’information (parfois appelé interaction), est nécessaire à l’apprenant pour la prise de conscience et la correction des erreurs. L’output, enfin, ou langue produite par l’apprenant, lui permet entre autres de tester ses hypothèses sur la langue cible et de développer l’automaticité de son discours. Notre cerveau étant un “super-ordinateur (…) doteé de puissants et rigoureux mécanismes d’inférence statistique“, comme le souligne Stanislas Dehaene (2013), professeur au Collège de France, l’input, le feedback et l’output seront d’autant plus efficaces qu’ils viendront en grande quantité et avec la qualité requise.

Il faut donc parler abondamment à l’enfant dans la langue cible, si possible régulièrement, et avec un bon niveau de langue (sans faute, de manière suffisamment claire pour qu’il comprenne et suffisamment sophistiquée pour que cela le fasse progresser). L’enfant doit être fortement incité à parler lui-même dans la langue cible, quitte à se lancer sans être sûr du résultat. Enfin il ne faut pas hésiter à le reprendre en cas d’erreur : ce n’est pas un reproche ou une réprimande mais bien une étape indispensable à son apprentissage.

 

L’input est indispensable à l’apprentissage de langue … mais pas suffisant

L’input est indispensable à l’apprentissage de langue … mais pas suffisant

Rebecca Oxford (1994) de l’Université d’Alabama le rappelle  : « la recherche démontre que la motivation influence directement la fréquence avec laquelle les étudiants utilisent des stratégies de seconde langue, combien ils interagissent avec des locuteurs natifs, combien d’input de langue cible ils reçoivent, dans quelle mesure ils réussissent a leurs examens, quel niveau général de langue ils atteignent, à quel point ils persévèrent dans leurs efforts et conservent leur niveau lorsque l’apprentissage formel est terminé. » La motivation, en effet, est l’un des facteurs d’apprentissages des langues les plus puissants. La motivation peut pallier certaines déficiences d’aptitude ou de quantité ; à l’inverse sans motivation, point d’apprentissage.

Un enfant désirera typiquement apprendre une langue pour s’insérer dans son milieu et avoir des amis ou bien pour réussir à ses examens ; sa motivation sera intrinsèque, par intérêt pour la langue ou par désir de réussite, ou bien extrinsèque, impartie avec plus ou moins de succès par son entourage. Les enseignants jouent un grand rôle dans la motivation de leurs élèves. La motivation tient aussi à l’absence de facteurs de démotivation : les parents, par exemple, ne doivent pas projeter leurs propres appréhensions vis-à-vis d’une langue qu’ils croient trop dure ; la société ne doit pas émettre de jugements négatifs sur une langue jugée inappropriée pour une raison ou une autre.

 

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La motivation, essentielle pour l’apprentissage des langues, varie d’un individu à l’autre en nature et en intensité (credit termcoord.eu)

L’Interaction sociale est le troisième facteur d’apprentissage. Il est déjà partiellement couvert par les deux précédents : en effet le feedback est souvent donné au cours d’une interaction sociale (et non par une machine), et la motivation provient bien souvent de l’intervention bénéfique d’une personne. Mais le phénomène va beaucoup plus loin. Sarah Roseberry (2011), du centre iLabs de l’Université de Washington, s’est intéressée à l’apprentissage linguistique d’un groupe de 42 enfants de moins de trois ans dans des conditions expérimentales différentes : d’abord avec un adulte présent en chair et en os, ensuite avec un adulte présent virtuellement via une interface en ligne de type Skype, enfin avec un adulte enregistré dans une séquence vidéo.

Les résultats sont sans appel : l’adulte vivant, qu’il soit présent physiquement ou à distance, permet un apprentissage équivalent alors que l’enregistrement vidéo a beaucoup moins effet. Ainsi, on peut douter très fortement, au moins pour les enfants en bas âge, de l’efficacité pédagogique des émissions et programmes pour enfants préenregistrés, même lorsque le personnage principal fait semblant de poser une question et d’attendre la réponse de l’enfant. Le fait est que l’enfant ne se laisse pas duper. Il a besoin, pour apprendre, d’une interaction réelle où son interlocuteur réagit effectivement à la direction de son regard, son expression faciale, ses changements d’attitude, ses temps d’arrêt ou de reprise, bref a la dynamique de son comportement et de son apprentissage.

 

Les personnages de certains dessins animés populaires ne dupent pas les enfants, même lorsqu’ils posent une question et font semblant d’attendre une réponse

Les personnages de certains dessins animés populaires ne dupent pas les enfants, même lorsqu’ils posent une question et font semblant d’attendre une réponse

Quantité d’activité langagière, motivation et interaction sociale : ne négligez aucun de ces aspects pour l’apprentissage de langue étrangère par votre enfant.

Votre enfant pourrait-il oublier une langue ?

Les parents de Sarah et Jeremie* nous ont rapporté l’histoire linguistique familiale. De père français et de mère sud-africaine anglophone, les deux jeunes enfants grandissent en bilingues simultanés. Nés en Inde, entourés de nounous qui ont pour stricte instruction de ne parler que Hindi, les petits acquièrent rapidement une très bonne compréhension de la langue locale. Lorsque Sarah atteint l’âge de 5 ans et Jeremie celui de 3 ans et demi, la famille quitte l’Inde pour Singapour. Les deux enfants, au début, gratifient tous les Singapouriens d’un « namasté » enthousiaste – même ceux dont l’origine est manifestement chinoise ou malaise. Rapidement, leurs tentatives de communication s’avérant infructueuses, les enfants se rabattent sur l’anglais qui est compris par tous. Un beau jour, six mois après leur arrivée à Singapour, un Indien s’adresse à eux dans un Hindi très simple pour leur demander leur nom. A la surprise générale, les enfants restent muets, ne comprenant manifestement pas la question. Les parents décontenancés font d’autres tentatives en Hindi mais doivent bientôt se rendre à l’évidence : le Hindi de leurs enfants paraît s’être complètement volatilisé.

Le cas est loin d’être unique. Les familles expatriées, notamment, le savent bien et regorgent d’anecdotes sur le sujet. D’abord si promptes à s’émerveiller de l’acquisition linguistique quasi miraculeuse de leurs enfants, elles sont souvent interloquées de voir la seconde langue s’évanouir aussi vite qu’elle a été apprise. Dans son livre  Bilingual, Francois Grojean relate plusieurs témoignages : celui du petit Stephen, qui à l’âge de 8 ans avait déjà appris trois langues et oublié deux d’entre elles. Ou celui de Kai Fong, de langue maternelle cantonaise, émigré aux Etats-Unis avec ses parents à l’âge de 5 ans, et qui à 10 ans, ne parlant plus qu’anglais, se retrouve désormais incapable de converser avec les membres plus âgés de la famille.

Mais tous ces parents déboussolés nourrissent souvent un espoir secret : la langue manquante n’est-elle pas enfouie quelque part dans le cerveau, prête à resurgir si les conditions s’y prêtent ?

Pour répondre notamment à cette question de manière formelle, Christophe Pallier choisit d’étudier en 2003 des orphelins adoptés dans leur enfance ou petite enfance par des familles de langue différente. Les sujets finalement retenus sont des Coréens adoptés entre l’âge de 3 et 10 ans par des familles de langue française. Les enfants ont donc abandonné l’usage de leur langue maternelle, le coréen, du jour au lendemain. Parvenus à l’âge adulte, ils subissent une batterie de tests de la part de Pallier et son équipe. Les tests consistent par exemple à reconnaitre des phrases en coréen parmi d’autres langues, ou à identifier parmi deux mots la traduction coréenne d’un mot français. Pendant ces opérations l’activité cérébrale des sujets est observée par résonnance magnétique fonctionnelle. Pour chacune des expériences et observations, les résultats des orphelins coréens sont comparés à ceux d’un groupe de contrôle français. Le verdict est sans appel : les deux groupes sont quasi indiscernables ; les orphelins coréens n’ayant gardé aucune mémoire du coréen – ou presque. La seule différence est que les orphelins reconnaissent mieux que le groupe de contrôle une série de nombres en coréen.

Christophe Pallier rapporte néanmoins les conclusions d’autres chercheurs tendant à prouver certains acquis définitifs liés à l’exposition précoce à une seconde langue, même si celle-ci (voire même la langue maternelle) est plus tard « oubliée ». Ces avantages supposés ont trait essentiellement aux domaines de la perception et la production des sons – mais les conditions expérimentales étaient légèrement différentes et l’exposition au langage « oublié » n’avait pas été complètement interrompue.

Au vu des résultats, les actions à mener sont donc claires. L’enfance et la petite enfance permettent certes d’acquérir une seconde langue dans des conditions optimales, mais celle-ci, si elle n’est pas entretenue, peut disparaitre aussi vite qu’elle est arrivée. Il n’en restera rien, ou pratiquement rien. Il faut donc pratiquer ! Enfin, d’autres études mentionnées par Christophe Pallier ou compilées sur le site de Monika Schmid indiquent que si la langue est conservée jusqu’à la puberté, l’attrition sera par la suite beaucoup plus faible. Voilà une raison supplémentaire pour consolider ses acquis linguistiques en seconde langue jusqu’à la puberté au moins.
* Note : les prénoms ont été modifiés.

Pour en savoir plus :

Schmid, Monika. The attrition website

Grosjean, F (2010). Bilingual. Harvard University Press

Pallier, C (2007). Critical periods in language acquisition and language attrition.  In Barbara Köpke, Monika S. Schmid, Merel Keijzer, and Susan Dostert, editors,Language Attrition: Theoretical perspectives. John Benjamins, Amsterdam