Seuls les enfants peuvent (vraiment) apprendre

Le fait est avéré : l’âge d’acquisition est un prédicteur fort de la maîtrise maximale atteinte lors de l’apprentissage d’une seconde langue. Autrement dit, viser un niveau de langue équivalent à celui d’un locuteur natif implique de se lancer dans un apprentissage précoce. Ceci n’est pas seulement le constat de tout adulte s’émerveillant devant la faculté des jeunes enfants à apprendre, ou encore se lamentant de ses propres difficultés à franchir certains paliers. Ce sont également des faits sur lesquels tous les scientifiques s’accordent désormais.

Ceci ne signifie pas que les adultes ne puissent pas apprendre du tout. Au contraire, les adultes sont souvent capables de débuter un apprentissage de seconde langue beaucoup plus rapidement que les enfants. Ils ont développé au cours de leur vie des capacités cognitives bien supérieures à celles des enfants. Lorsqu’ils abordent une langue, ils sont immédiatement capables de structurer leur apprentissage et d’organiser leur savoir ; de faire des comparaisons phonologiques, syntaxiques, ou sémantiques avec d’autres langues ou groupes linguistiques ; d’assimiler et de généraliser une règle.

Mais à terme le temps et l’énergie que les adultes doivent consacrer à leur apprentissage dépassent largement ceux des enfants. Et les obstacles ne tardent pas à se présenter.  La qualité de la prononciation est généralement un problème insurmontable rencontré dès le début. Rapidement, les adultes atteignent un plafond général. Chez de nombreux apprenants, la construction des phrases sera un effort conscient et réfléchi, un exercice intellectuel plutôt que le jet naturel ou le quasi-réflexe d’un locuteur natif. Même les apprenants extrêmement talentueux seront trahis tôt ou tard par un aspect du discours : une sonorité jamais entendue, un trait de langage jamais utilisé ou une faute jamais commise par un locuteur natif.

Language proficiency and age of acquisition

Niveau de langue atteint en fin d’apprentissage, en fonction de l’âge d’acquisition (credit : inspiré de Patricia Kuhl)

Les enfants apprennent donc beaucoup mieux que les adultes ; ceux-ci peuvent toutefois apprendre dans une certaine mesure. Fort de ce constat, la notion historique de période critique est maintenant délaissée au profit de celle de période sensible d’apprentissage. Lorsque la notion de période critique prévalait on pensait qu’à un certain âge de la vie, situé selon les auteurs quelque part entre 4-5 ans et l’adolescence, la capacité à apprendre subissait une brusque discontinuité pour quasiment disparaitre du jour au lendemain. Les théories plus raffinées distinguaient plusieurs périodes critiques selon les éléments du langage : la phonologie, la morphologie, la sémantique…  Ce n’est plus ce que l’on croit aujourd’hui (à l’exception de la phonologie). Aujourd’hui on retient plutôt l’idée de période sensible s’achevant à la préadolescence ; pendant cette période sensible l’apprentissage est nettement plus aisé que par la suite.

Avez-vous vous aussi constaté cette aisance considérable des enfants à apprendre par rapport aux adultes ?

Vous pourrez comprendre dans notre billet suivant pourquoi les enfants apprennent mieux.

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