faire des erreurs pour apprendre

Les erreurs, un outil pour accélérer l’apprentissage des langues étrangères

« Vous interdisez les erreurs, vous empêchez ainsi la victoire »  Antoine de Saint-Exupéry.

La peur de l’erreur est le verrou de l’apprentissage. Dans le contexte des langues étrangères, la stratégie de l’évitement en est la manifestation la plus courante. L’apprenant n’ose pas répondre, cherche les tournures de phrases les plus courtes et les moins risquées, voire ne s’exprime qu’en mode ternaire: « oui », « non », et « je ne sais pas ».

Toutes les erreurs se valent-elles quand on s’exprime dans une autre langue?
La faute est-elle plus lourde que le contresens?
Une étourderie a-t-elle le même poids qu’un mauvais usage systématique?
Un faux ami peut-il vous mettre dans l’embarras?

D’ailleurs, faut-il corriger les erreurs?

Corriger ou ne pas corriger les erreurs lors de l’apprentissage des langues étrangères?

les erreurs donnent du sens à l'apprentissage

La question peut surprendre mais la controverse fait rage. Les neurosciences penchent en faveur de la correction. Dans son ouvrage récent, « Apprendre! Les talents du cerveau, le défi des machines », le neuroscientifique Stanislas Dehaene invite à accepter l’erreur: « Elle est la condition même de l’apprentissage, elle permet au cerveau de mettre à jour nos modèles mentaux. »
(L’entretien du dimanche – Sud Ouest 21/10/2018)

Quand corriger ? Le dilemme dans l’apprentissage des langues étrangères

Il faut choisir le meilleur moment pour corriger

« L’erreur, il ne faut pas la sanctionner, il faut la corriger. Et plus une correction est rapide, plus elle est efficace », recommande Stanislas Dehaene. Or ce conseil est difficile à appliquer pour les enseignants de langues étrangères. Maîtriser une langue étrangère implique l’acquisition de deux compétences: la fluidité et la précision.

« La précision signifie la capacité de parler correctement, sans erreurs. La fluidité signifie parler, lire, etc. avec un rythme et une cadence naturels, sans longues pauses, précise Abbie, master Coach d’anglais chez VivaLing. Un professeur de langue doit s’efforcer d’équilibrer les deux. Mettre trop l’accent sur l’exactitude risque de se faire au dépend de la fluidité et amène l’apprenant à tout remettre en question, à parler avec de longs “trous” ou pauses. Trop encourager la fluidité sans considération de l’usage correct peut affecter le sens global pour l’auditeur. C’est le cas lorsque le locuteur utilise un mauvais temps, un faux ami dans la langue maternelle, ou un mot avec la mauvaise connotation dans la langue cible. »

 Optimiser l’erreur comme outil d’apprentissage

les erreurs, membre actifs de l'apprentissage des langues

 

Les erreurs font partie du processus d’appropriation d’une nouvelle langue. Chez VivaLing, elles constituent un excellent marqueur pour les enseignants qui repèrent les difficultés de leur apprenant et peuvent accorder plus d’attention à ces points encore non acquis. « La chose la plus importante que j’aimerais que les parents comprennent, continue Coach Abbie, c’est qu’il est important que les apprenants développent la précision et la fluidité simultanément et que les deux sont tout aussi importants. »

Comme souvent, la solution réside dans une panoplie de stratégies, à adapter à la situation et à la personnalité de l’élève.

 Quand privilégier la fluidité?

« Si l’enseignant et l’élève ont une conversation significative, la “communication” devrait être la chose la plus importante, explique Jing, master coach de mandarin. Une fois que les élèves se sont exprimés, l’enseignant peut répéter leur idée générale en utilisant le vocabulaire, la grammaire ou le mode d’expression appropriés ». C’est le principe de «correction d’erreur retardée ».

«Si nous travaillons sur une “activité libre” où il n’y a pas d’instructions précises (par exemple “Que faites-vous habituellement un jour de semaine? »), je ne corrige pas ou peu , confirme Nuria, master coach d’espagnol. Je laisse l’apprenant s’exprimer comme dans une situation réelle avec les autochtones (qui ne vous reprennent pas tout le temps).»

 Quand privilégier la précision?

« Par contre lorsque nous travaillons un point précis de la langue et que l’apprenant fait des erreurs, nous les corrigeons immédiatement. Cette partie de réaction immédiate (Immediate Feedback) est inscrite dans notre pédagogie Villa, précise coach Jing. Ainsi, les élèves ne feront pas la même erreur encore et encore.»

« Dans les activités de type « contrôlées », confirme Coach Nuria, les exercices impliquent des instructions précises, telles que : « mettez le verbe au présent dans l’espace laissé libre ». Dans ce cas, je signale toutes les erreurs immédiatement. Je retourne aussi sur les points qui ont posé problème si nécessaire, pour relire un certain mot ou leur indiquer un moyen de se souvenir de la réponse et consolider la nouvelle information. »

Les solutions en action

solutions pour optimiser les erreurs en apprentissage de langues

Chez VivaLing, nos coaches utilisent les erreurs pour les transformer en accélérateur d’apprentissage. Le sujet est trop vaste pour couvrir en quelques lignes toute la gamme de leurs outils pédagogiques.  Découvrez quelques stratégies fondamentales qui vous permettront de mieux décrypter les vidéos des sessions de vos enfants…

  Le coach aide l’apprenant à se concentrer sur une ou deux erreurs fréquentes

Coach Abbie aime identifier des zones spécifiques plutôt que d’essayer de tout corriger en même temps.
« Une stratégie que j’utilise beaucoup est l’établissement d’objectifs et de repères. Beaucoup d’apprenants ont des “erreurs fossilisées” qu’ils portent en héritage de leur langue maternelle ou d’années de mauvaises habitudes. Il est important qu’ils soient conscients de ces domaines problématiques.
Par exemple, beaucoup d’apprenants français ont du mal à savoir quelle forme verbale utiliser au présent simple (“They walk & He walks”,  “She has & We have”) même quand ils se souviennent, parfois ils laissent tomber la prononciation du “s” final! Je fais remarquer à l’apprenant qu’il fait souvent cette erreur et nous trouvons un signal. Par exemple, je dessine un “s” dans l’air avec mon doigt que nous associons à cette erreur spécifique. Au lieu de les interrompre au milieu d’une phrase, je vais simplement faire un mouvement avec le signal, et l’apprenant va répéter ce qu’il vient de dire correctement. »

 Le coach fait participer l’apprenant au processus de correction

« Nous jouons à résoudre l’erreur ensemble, raconte coach Nuria, comme si nous devions découvrir la réponse à une énigme.»
Selon le principe de “correction d’erreur retardée”, coach Abbie attend que l’apprenant ait terminé sa phrase ou son exercice pour lancer un indice tel que “Le #3 semble bizarre…qu’en penses-tu?”

 Le coach parle des erreurs de manière positive (et en mode affirmatif )

«Chez VivaLing, le “Non, ce n’est pas bon » est proscrit, explique coach Nuria. Nous préférons questionner l’apprenant: “Mh… Es-tu certain.e de cela ?” Parce que la dernière phrase stimule la curiosité et donne aux enfants une plate-forme pour réfléchir et décider par eux-mêmes. Il leur apprend à être critiques envers eux-mêmes. »

 Le coach récompense la solution de l’erreur (plutôt que de la sanctionner)

«Je cherche à récompenser mes apprenants deux fois plus s’ils corrigent leur propre erreur (même avec de l’aide), positive coach Nuria. En effet, ils sont en train de réfléchir activement et de consolider la notion dans leur cerveau. Double effort et responsabilité dans leur propre processus d’apprentissage! ». Une approche approuvée par Carol Dweck, professeure de psychologie de Stanford. Ses recherches montrent qu’il vaut mieux féliciter le travail fourni par l’enfant (c’est l’effort qui est récompensé, que le résultat soit correct ou faux) que l’intelligence de l’enfant (Car l’erreur signe les limites de son intelligence:  “je suis nul, ce n’est pas fait pour moi”).

 Le coach corrige les erreurs nécessaires

Comment corriger une notion linguistique si l’apprenant n’a pas encore vraiment appris à l’utiliser? Il est important de limiter les corrections aux notions que l’apprenant devrait déjà connaître. Pour le reste, le coach sera la béquille de son élève pour lui permettre de gravir les échelons successifs.

Alors, même pas peur des erreurs! Encourageons donc nos enfants à considérer leurs erreurs linguistiques comme une chance !

10 bonnes raisons d’apprendre une langue étrangère

  • Se découvrir soi-même

Souvent il est une langue qui joue un rôle particulier dans l’histoire familiale. Cette langue est celle du terroir, des ancêtres, des origines, de la culture ou de la religion, ou encore de la belle-famille. Sans-doute reconnaîtrez-vous ce petit enfant dont la famille a immigré il y a une génération. Il ne peut communiquer, faute de langue commune, avec ses grands-parents restés au pays. Avec l’âge il se pose de plus en plus de questions. En apprenant la langue de ses parents, il découvrira aussi la culture et le pays de ses ancêtres, et comprendra mieux ses origines.

  •  …et découvrir l’Autre

Vous êtes dans une grande ville ou un petit village, dans le désert ou la jungle, dans un bureau ou sur la plage, à l’étranger ou dans votre pays. Lorsqu’il vous voit faire l’effort de s’adresser à lui dans sa propre langue qui n’est pas la vôtre, l’Autre détourne son regard vers vous, l’y fixe, et esquisse un sourire. Que votre accent soit presque indiscernable ou plus marqué, que votre grammaire soit parfaite ou perfectible, l’Autre est touché par le respect que vous lui témoignez. Il se détend, s’ouvre, s’apprête à partager des pensées plus intimes maintenant qu’a sauté un filtre psychologique. La connaissance de la langue de l’Autre vous est une porte d’entrée précieuse.

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« Si vous parlez à une personne dans une langue qu’elle comprend, cela va à son esprit ; si vous lui parlez dans sa langue, cela va à son cœur » Nelson Mandela

  • Voyager occasionnellement

Que ce soit pour des vacances, une escale, une mission professionnelle, la connaissance de la langue locale peut changer complètement la physionomie du séjour. Alors que vous ne parliez pas la langue locale, avez-vous déjà été prisonnier de l’emprise exclusive d’un guide qui monopolise les échanges avec le monde extérieur ? Avez-vous vu des étrangers se faire une idée complètement fausse du pays traversé parce qu’ils ne pouvaient communiquer ? A l’inverse, la langue locale n’a-t-elle pas déjà facilité vos contacts, prévus ou impromptus, avec les locaux ? Elle vous permettra parfois de trouver votre chemin, manger le soir, voire récupérer votre passeport ou passer la douane.

  • … ou faire le grand saut

De 1990 à 2010, environ 160 millions de migrants ont quitté leur pays vers d’autres cieux. En faites-vous partie ? Qu’elle qu’en soit la raison, c’est un changement de vie. La maîtrise de la langue est un élément indispensable à l’intégration sociale et économique. Dans certains pays l’obtention d’un visa – et à plus forte raison de la nationalité – est conditionnée à un niveau minimal en langue du pays d’accueil. Les parents peinent parfois et la connaissance préalable de la langue est un avantage décisif ; les enfants s’adaptent beaucoup plus rapidement et dépassent vite leurs parents.

Global Migrations 2005-2010 (credit Abel, Sander et al)

Migrations mondiales 2005-2010 (credit Abel, Sander et al)

  • Réussir sa vie professionnelle

Avec la globalisation croissante rares sont les professions et les postes ne demandant plus de compétences dans au moins une, voire deux ou trois langues étrangères. L’anglais est la lingua franca incontestée de la science. En entreprise, l’un des entretiens d’embauche pourra se tenir dans une langue autre que la sienne. Les connaissances linguistiques permettront au candidat, s’il met en avant au juste moment sa connaissance du japonais, de l’espagnol ou du bahasa, de se différencier parmi de multiples candidats au CV comparable. Quant aux employés en poste, certains voient leur évolution bloquée par leurs limitations à la communication internationale.

  • … et commencer par réussir ses études

Le rôle des langues à l’école s’accroît avec l’importance des langues dans la vie. A Singapour par exemple, les élèves passent à la fin de l’école primaire l’un des deux examens les plus importants de leur vie ; la moitié des épreuves porte sur deux langues, l’anglais et leur langue maternelle. Ailleurs dans le monde, la performance en langues déterminera l’entrée au lycée, comptera pour beaucoup dans l’obtention du baccalauréat ou donnera un avantage important dans un dossier pour l’université.

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La rubrique Langues d’un CV trouvé sur LinkedIn, exceptionnel et de plus en plus banal à la fois

  • Vivre mieux, plus longtemps

La pratique des langues partage certains mécanismes cérébraux avec ceux impliqués dans les maladies neurologiques du grand âge. Il a ainsi été observé que la maladie d’Alzheimer se déclenche en moyenne cinq ans plus tard chez les bilingues que chez les monolingues. Faites votre gymnastique linguistique et vivez mieux !

  • … et augmenter ses capacités cognitives

Connaître plusieurs langues c’est avoir la faculté de passer de l’une à l’autre en se concentrant sur la langue utilisée et en « inhibant » simultanément les autres. Les multilingues utilisent cette faculté dans tous les domaines, même non linguistiques. Ils possèdent ainsi une plus grande flexibilité intellectuelle, une meilleure capacité à gérer l’ambiguïté ou la contradiction apparente, et peuvent jongler avec l’information en ignorant les signaux inutiles ou parasites.

factorial-task (credit dimensional-overlap.com)

Les bilingues réussissent mieux que les monolingues aux tests classiques Stimulus-Réponse où le stimulus est brouillé par des éléments contradictoires à ignorer (credit dimensional-overlap.com)

  • S’émerveiller des autres langues

Peut-être ferez-vous partie de ces passionnés pour lesquels la découverte de chaque langue est un sujet d’émerveillement jubilatoire. Cette nouvelle langue, quels sons a-t-elle produits ? Quel génie va-t-elle déployer pour exprimer telle ou telle notion ? Sera-t-elle isolante, à déclinaison, ou agglutinante ? Comment traitera-t-elle le complément de nom, par exemple, où tantôt le déterminant, tantôt le déterminé se voient modifiés, parfois les deux, parfois encore aucun ; recourra-t-elle à une préposition ou s’en passera-t-elle élégamment ? Pourquoi ce billet compte-t-il 1001 mots en français (soit 5340 lettres), 963 en anglais (soit 4885 lettres), et 2174 caractères en chinois ?

  • … et mieux comprendre sa propre langue

La langue maternelle représente pendant longtemps l’évidence, celle que l’on a trouvée sans jamais la chercher, la seule option possible qu’on ne tente même pas d’expliquer. Mais ouvrir son horizon à une seconde langue remet les choses en perspective. Une langue supplémentaire permet indiscutablement d’approfondir la connaissance de sa propre langue. La structure linguistique que telle ou telle langue a choisie prend du relief lorsqu’elle se trouve comparée à d’autres : la genèse des mots se révèle, les fonctions dans la phrase s’organisent, la signification des mots se précise. Si ombre se traduit en anglais par shadow et shade c’est bien que le terme français recouvre deux notions totalement distinctes. Même l’accord du participe passé avec le verbe avoir peut se mesurer à l’aune de l’ergatif en hindi.

Levels of language structure (credit glogster.com)

Différents niveaux de structure du langage : Phonologie – Morphologie – Syntaxe – Sémantique – Pragmatique (credit glogster.com)

 

Et vous, quelles sont vos raisons ?

Une nouvelle étude explique les bénéfices du bilinguisme chez les enfants

Alors que certains parents s’inquiètent parfois du risque que ferait peser le bilinguisme sur leurs enfants, notamment en matière de retard linguistique ou d’échec scolaire, la recherche permet aujourd’hui de lever toutes les craintes. Les études démontrent les unes après les autres que, non seulement le bilinguisme procure des gains matériels et économiques évidents (meilleures opportunités professionnelles, salaires plus élevés…) mais qu’il apporte également de nombreux avantages d’un point de vue du développement cérébral.

Une récente étude menée par l’Université de Washington (Institut d’apprentissage et des sciences du cerveau) démontre que le cerveau du nourrisson est totalement capable d’apprendre deux langues simultanément et que le bilinguisme est porteur de nombreux avantages cognitifs.

VivaLing vous en livre les principales conclusions.

the effects of bilingualism

1- L’apprentissage des langues dans la première année de vie

Jusqu’à l’âge de 6 mois environ, les nourrissons sont capables d’entendre les différences entre les consonnes et les voyelles qui composent universellement les mots dans toutes les langues. À l’âge de 12 mois, la discrimination des sons de la langue maternelle du nourrisson s’améliore significativement, alors que la discrimination des sons non indigènes diminue (Kuhl et al., 2006). Ainsi, cela signifie qu’à l’âge de 12 mois, les nourrissons perdent leur capacité d’auditeur universel et se spécialisent dans leur(s) langue(s) maternelle(s).

Par ailleurs, la recherche montre que le cerveau du nourrisson est totalement capable d’apprendre deux langues simultanément. Cependant, la qualité et la quantité de la langue qu’ils entendent jouent un rôle clé dans ce processus d’apprentissage. Une étude montre que les nourrissons exposés à une nouvelle langue à l’âge de 9 mois à l’occasion de séances de jeu interactives avec un professeur apprennent en seulement 6 heures à discriminer les sons des langues étrangères à des niveaux équivalents aux enfants exposés à cette langue dès leur naissance. Toutefois, aucun apprentissage ne se produit si le même enseignement est présenté via des cassettes audio ou vidéo (Kuhl, Tsao, & Liu, 2003). Ainsi, l‘apprentissage précoce des langues dépend fortement des interactions sociales et de la qualité de la parole que les enfants entendent.

Que ce soit chez les enfants monolingues ou bilingues, le niveau de maitrise d’une langue reflète la qualité et la quantité de langue que les enfants entendent. Les jeunes enfants apprennent mieux grâce à des interactions sociales fréquentes et grâce à la qualité des conversations avec des locuteurs natifs.

 

the benefits of bilingualism

2- Vocabulaire et développement grammatical

 

Les jeunes enfants exposés à deux langues dès la naissance commencent généralement à produire leurs premières syllabes et leurs premiers mots au même âge que les enfants exposés à une seule langue. En outre, l’évolution du vocabulaire et de la croissance grammaticale ressemble beaucoup à la trajectoire suivie par les enfants monolingues. Les types de mots que les enfants apprennent et la relation entre le vocabulaire et la croissance grammaticale dans chaque langue reproduisent le modèle monolingue.

Néanmoins, l’effet de l’expérience bilingue sur la production et la compréhension de la langue se manifeste souvent par un décalage dans le vocabulaire et l’acquisition grammaticale. Bien que certaines études aient montré que les enfants bilingues respectent les normes monolingues, plusieurs études rapportent que les bilingues disposent d’un vocabulaire plus restreint dans chaque langue que les monolingues (Hoff et al., 2012). Étant donné que les recherches montrent que les compétences linguistiques des enfants reflètent la quantité de langue qu’ils entendent, ces résultats ne sont pas surprenants. Les bilingues divisent leur temps entre deux langues, et ainsi, en moyenne, entendent moins de chaque langue. Cependant, il est important de noter que les enfants bilingues ne sont pas en retard par rapport à leurs pairs monolingues lorsque l’on prend en compte les deux langues. Par exemple, les tailles de vocabulaire bilingues, lorsqu’elles sont combinées dans les deux langues, sont égales ou supérieures à celles des enfants monolingues. Des constatations similaires sont rapportées sur les mesures des connaissances grammaticales.

 

3-Apprendre à lire

La lecture est un processus complexe acquis par une formation explicite, généralement après que l’enfant ait appris à parler en phrases complètes. Des études portant sur des enfants monolingues démontrent le rôle essentiel du langage oral dans la lecture et la réussite scolaire. Des milliers d’enfants américains se retrouvent dans des situations où ils doivent acquérir les bases de la lecture dans une langue qu’ils ne parlent pas ou où leurs connaissances linguistiques sont extrêmement pauvres. Cependant, la recherche démontre que l’exposition à deux langues augmente la conscience phonologique, qui est la capacité de reconnaître et de manipuler les unités sonores de la langue et qui est l’un des meilleurs prédicteurs de la capacité de lecture.

the benefits of bilingualism

4-Les avantages cognitifs du bilinguisme

Contrairement à ce que l’on pensait autrefois, le bilinguisme ne cause aucune confusion. La recherche montre même que l’exposition simultanée à deux langues engendre plusieurs avantages cognitifs. Une partie de la préoccupation concernant la confusion provient de ce qu’on appelle «mélange de code» ou «changement de code» (« code switching » en anglais).

Les enfants bilingues combinent parfois des mots ou des expressions des deux langues lorsqu’ils interagissent avec leurs pairs, leurs parents  ou leurs enseignants. Il est important de comprendre que le changement de code est naturel pour les adultes et les enfants bilingues et reflète le fait que les bilingues connaissent souvent certains mots mieux dans une langue que dans l’autre. Le changement de code chez les adultes et les enfants bilingues est régi par des règles et non pas au hasard, et les enfants bilingues suivent les mêmes principes que les adultes bilingues (Paradis, Nicoladis et Genesee, 2000).

Plutôt que de provoquer de la confusion, on comprend maintenant que le besoin constant de gérer l’attention entre deux langues favorise la pensée des enfants sur le langage en soi et conduit à une augmentation des compétences métacognitives et métalinguistiques (Bialystok, 2007). Les enfants bilingues dès l’âge de 7 et 12 mois se sont révélés être des apprenants plus flexibles comparés aux enfants monolingues (Kovacs & Mehler, 2009).

De plus en plus de preuves suggèrent que les bilingues présentent de meilleures performance en matière de fonctions exécutives (Bialystok, Craik et Luk, 2012) notamment en ce qui concerne l’attention, la flexibilité de la pensée (flexibilité cognitive) et la mise à jour des informations dans la mémoire de travail. Le bilinguisme exige une attention constante à la langue cible. L’expérience des bilingues avec deux langues améliore les réseaux cérébraux pertinents, ce qui les rend plus robustes pour le fonctionnement exécutif tout au long de leur vie. Il est intéressant de noter que l’effet cumulatif des deux langues se traduit également par des effets protecteurs contre le déclin cognitif avec le vieillissement et l’apparition de la maladie d’Alzheimer (Craik, Bialystok et Freedman, 2010). De récentes études cérébrales indiquent que les différences en matière de fonctions exécutives entre les monolingues et les bilingues se vérifient dès la petite enfance (Ferjan Ramírez et al., 2016) et persistent tout au long de la scolarité (Arredondo et al., 2016) et à l’âge adulte (Abutalebi et al Stocco et Prat, 2014).

 

 

the benefits of bilingualism

Conclusion

De plus en plus de recherches indiquent que le bilinguisme modifie non seulement les modes d’acquisition et d’utilisation du langage, mais aussi les processus cognitifs dès le plus jeune âge. Les enfants bilingues présentent des performances égales ou meilleures  que les monolingues lorsque les deux langues sont prises en compte. Les études suggèrent que l’apprentissage optimal est obtenu lorsque les enfants commencent à apprendre deux langues à un âge précoce (c’est-à-dire entre la naissance et l’âge de 3 ans) grâce à des interactions de qualité avec des êtres vivants et que l’exposition aux deux langues est maintenue tout au long de l’enfance. On constate que les environnements les plus propices à l’apprentissage bilingue sont ceux où les parents considèrent le bilinguisme comme un atout qui apporte des avantages cognitifs, sociaux et économiques importants et qui utilisent quotidiennement un langage de qualité pour communiquer avec leurs enfants.

 

Source: http://ilabs.uw.edu/Bilingual_Language_Learning_in_Children.pdf

 

La perception des sons : avant l’âge de 1 an, ou jamais

Les enfants naissent “auditeurs universels”. Pendant les premiers mois de leur vie, ils peuvent distinguer tous les sons produits par les humains. Ce n’est pas une mince affaire : vous et moi en sommes parfaitement incapables. Un adulte japonais typique est incapable d’entendre la différence entre les sons /l / et /r/ de l’anglais. Un adulte anglais typique ne peut détecter la nuance entre les sons /ɕ/ and /t͡ɕ/ du mandarin. Les sons /k/ et /q/ des langues américaines indigènes ne sont pas différenciés par les adultes Américains non Indiens. Et le contraste entre les voyelles mi-fermées et mi-ouvertes (/e/, /ɛ/) du catalan est difficile à percevoir même pour les adultes espagnols parlant le castillan.

Les bébés écoutent, et écoutent longuement. Et tandis qu’ils écoutent, leur cerveau fait des statistiques sur les langues parlées dans leur environnement. Ce qu’il se produit à l’âge de 1 un est transformation linguistique extraordinaire. Les bébés s’améliorent à la perception des contrastes sonores de leur propre langue (contrastes natifs) ; mais ils perdent complètement et irrémédiablement la capacité à détecter les différences sonores présentes dans d’autres langues mais pas la leur (contrastes non natifs). L’âge auquel se produit cette transformation est appelé période phonétique critique. C’est la plus claire de toutes les périodes critiques linguistiques.

De manière étonnante, avant qu’ils n’atteignent cette période, les bébés peuvent être sensibilisés aux autres langues. Dans son TED Talk mémorable de 2010, Patricia Kuhl décrit comment 12 séances dispensées par un locuteur de mandarin sur des bébés américains ont le même effet que dix mois et demi de mandarin natif sur des bébés taiwanais : à la fin de l’expérience les deux groupes sont également bons dans leur perception des contrastes du mandarin. Au bout du compte, les contrastes sont soit perçus avant le premier anniversaire, soit jamais.

Deux miracles supplémentaires sont à souligner. D’abord, le cerveau du bébé est un cerveau social. Si le bébé est exposé aux contrastes des autres langues par l’intermédiaire d’une bande sonore ou vidéo, leur performance est aussi mauvaise que s’il n’y avait pas de formation du tout. Mais si le bébé est formé par une personne bien vivante, alors sa capacité à percevoir les contrastes sonores devient aussi bonne que s’il était un locuteur natif. Sarah Roseberry, chercheur au laboratoire de Patricia Kuhl, a démontré en 2011 que l’impact social est ressenti indépendamment de la présence physique de la personne ou non : une interaction vidéo en ligne, synchrone, de type Skype, aura le même effet.

Le second miracle réside dans la façon dont les adultes peuvent déterminer si les bébés entendent ou non les contrastes. Les bébés, évidemment, ne savent pas parler, ne comprennent pas le but des chercheurs et ne pourraient de toute façon pas exprimer les résultats de manière consciente. Dans une vidéo de 2009, Derek Houston résume 3 méthodologies utilisées communément et historiquement pour explorer les capacités de perception du discours des nourrissons :

– La succion à forte amplitude (High Amplitude Succion) : des capteurs mesurent l’amplitude et la vitesse à laquelle un bébé suce sa tétine. Quand des sons différents (et perçus comme tels) sont diffusés, la fréquence de succion augmente.

– Le conditionnement de l’orientation du regard (Conditional Head Turns) : on enseigne au bébé à tourner la tête à l’audition d’un signal particulier, en l’occurrence lorsqu’un contraste sonore est diffusé. Si le bébé ne tourne pas la tête c’est qu’il n’a pas entendu le contraste.

– Les méthodes d’habituation visuelle (Visual Habituation Methods) : lorsque le bébé est habitué à un son donné, le temps qu’il passe à fixer une cible visuelle a tendance à diminuer. Une augmentation soudaine signifie que le bébé a entendu un son nouveau.

Aujourd’hui les scientifiques ont de plus en plus recours aux techniques d’imagerie électro-physiologique et neuronale, comme mentionné dans la vidéo de Patricia Kuhl. Cela nous permet de voir directement ce qu’il se passe à l’intérieur du cerveau, et de déduire si les contrastes sonores sont perçus ou non.

 

Pour plus d’information :

Houston, D. M., Horn, D. L., Qi, R., Ting, J. Y. and Gao, S. (2007) : Assessing Speech Discrimination in Individual Infants. Infancy, 12: 119–145

Kuhl, P. K., Tsao. F.-M., & Liu, H.-M. (2003). Foreign-language experience in infancy: Effects of short-term exposure and social interaction on phonetic learning. Proceedings of the National Academy of Sciences, 100, 9096-9101