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Pour lire le chinois il faut commencer tôt

Dans toute langue écrite, les mots font l’objet d’une triple correspondance : la prononciation, l’écriture, et évidemment la signification (ou plus correctement le signifié). Ainsi, le mot français cheval désigne l’animal de trait et de course, se prononce /ʃə.val/et s’écrit c-h-e-v-a-l. L’écriture du français étant alphabétique et le mot cheval régulier, toute personne sachant lire saura prononcer correctement ce mot même s’il ne l’a jamais vu écrit auparavant. Comme nous l’explique S. Dehaene, la lecture emprunte ici la voie dite phonologique : les graphèmes sont mécaniquement convertis en phonèmes sans faire appel à des représentations sémantiques plus profondes.

cheval

L’histoire est tout autre en ce qui concerne le chinois. L’écriture de toutes les langues chinoises est unifiée dans le système des idéogrammes. Ces caractères chinois se prononcent différemment dans chacune des langues de la super famille, par exemple dans la plus parlée d’entre elles qui est le mandarin. Il est souvent affirmé par les non-sinisants que l’association entre un caractère chinois et sa prononciation est complètement arbitraire ; de ce fait il serait impossible de prononcer un caractère chinois, même lorsqu’on en connait la signification, si l’on n’en a pas appris par cœur la prononciation auparavant.

 

La réalité est légèrement plus subtile. Certes, il est le plus souvent indispensable d’apprendre simultanément le caractère et la prononciation de tout mot chinois. Mais il faut souligner que 80 à 90% des caractères chinois sont en fait des caractères composés. Ils comportent une racine phonétique (il y en a à peu près 200) et une racine sémantique (il y en a environ 1000). La racine phonétique, souvent du côté droit du caractère composé, peut donner des indications sur la prononciation du mot. La racine sémantique, souvent à gauche, renseigne elle sur le sens du mot, au moins en indiquant la catégorie lexicale à laquelle il appartient. Par exemple, le mot cheval s’écrit马en chinois simplifie et se prononce (troisième ton) en mandarin. La mère, elle, se prononce mā ma (ma est redoublé, le premier se prononce avec le premier ton) ; le caractère de chacun des ma se compose à gauche de la racine sémantique de femme et à droite de la racine phonétique de cheval.

ma ma French

Dans un article de 2007, Bao Guo Chen et ses collègues ont démontré que les effets de l’âge d’acquisition sur la lecture du mandarin (pour des locuteurs natifs) étaient d’autant plus importants que l’association son-caractère ou signification-caractère était arbitraire. Les caractères appris précocement étaient lus aisément ; les caractères appris tardivement étaient d’autant plus difficiles à lire que l’association au sens et à la signification était peu prédictible. En d’autres termes, plus il était difficile de déduire la signification et la prononciation d’un caractère, plus la qualité et la rapidité de la lecture pâtissaient de l’apprentissage tardif.

 

Ainsi, au sein même de la langue chinoise et pour des locuteurs chinois natifs, les effets de l’âge d’acquisition croissent avec la nature arbitraire de la correspondance entre signification, prononciation et écriture. Qu’en est-il des langues alphabétiques ? Dans celles-ci on peut par définition avoir une bonne idée de la prononciation d’un mot lorsqu’on le lit*. Or prise dans sa totalité, la langue chinoise est notoirement plus arbitraire dans ses correspondances que toutes les langues alphabétiques. On peut donc supposer que pour le chinois plus encore que pour les autres langues, il y a intérêt à apprendre la langue précocement afin de ne pas souffrir des effets accentués de l’âge d’acquisition sur la lecture.

 

 

 

 

 

Pour en savoir plus :
Chen, B. G., Zhou, H. X., Dunlap, S. and Perfetti, C. A. (2007).Age of acquisition effects in reading Chinese: Evidence in favour of the arbitrary mapping hypothesis. British Journal of Psychology, 98: 499–516. doi: 10.1348/000712606X165484

Stanislas Dehaene (2007). Les neurones de la lectureEditions Odile Jacob

 

Note : * La situation varie toutefois de langue en langue. L’italien ou le turc, par exemple, sont extrêmement simples à prononcer à la simple lecture, tandis qu’une même orthographe anglaise peut se lire de multiples façons différentes (il suffit pour s’en convaincre de regarder la prononciation de la finale de  tough, through, thorough, etc…)

Les écrans: nouvelle incarnation du diable dans les foyers?

“Mes enfants n’utilisent pas d’Ipad. Je limite la quantité de technologie que mes enfants utilisent à la maison», tels furent les propos de Steve Jobs, il y a quelques années, concernant l’utilisation de l’Ipad par ses propres enfants.

Curieux, n’est-ce pas? Le fondateur du mac et de l’Ipad, les appareils intelligents les plus populaires au monde, s’inquiétait de l’effet de ses propres produits sur ses enfants. Mais Jobs n’est pas le seul. On constate en effet une tendance chez certaines personnes du monde de la technologie et de l’informatique aux Etats-Unis à interdire à leurs enfants d’utiliser les nouvelles technologies.

D’un côté, certaines familles et établissements scolaires, faisant écho aux préoccupations concernant l’accès à du contenu inapproprié, aux risques de dépendance et aux impacts sur la santé,  ont décidé d’interdire les nouvelles technologies à leurs enfants et élèves. De l’autre, nombreux sont les parents et les autorités éducatives qui reconnaissent que les tablettes et les ordinateurs peuvent être des outils intéressants et très enrichissants. Les applications éducatives, en particulier, apportent bien plus de bénéfices aux enfants que de regarder la télévision. Alors, qui a raison?

 

learning with an ipad

 

Apprendre sur Ipad ou ordinateur: est-ce mauvais pour les enfants?

L’appareil électronique est-il vraiment le «mal» à la maison? Y at-il un moyen d’en faire un bon usage? C’est pour répondre à ces interrogations et à ces angoisses que l’Académie américaine de pédiatrie (AAP – American Academy of Pediatrics) a émis en octobre 2016 son avis et ses recommandations pour l’utilisation des écrans par les enfants:

Pour les enfants de moins de 18 mois, évitez d’utiliser des écrans autres que pour des séances de vidéoconférence (type skype) avec de véritables personnes qui parlent et interagissent avec l’enfant.

– Les parents d’enfants âgés de 18 à 24 mois qui veulent introduire des médias numériques doivent choisir des émissions de haute qualité et les regarder avec leurs enfants pour les aider à comprendre ce qu’ils voient.

Pour les enfants âgés de 2 à 5 ans, limitez l’utilisation de l’écran à 1 heure par jour de programmes de haute qualité. Les parents doivent regarder les contenus digitaux avec leurs enfants pour les aider à comprendre ce qu’ils voient et l’appliquer au monde qui les entoure.

Pour les enfants âgés de 6 ans et plus, il est recommande de:

* fixez des limites constantes sur le temps passé à utiliser les médias et les types de médias, et assurez-vous que les médias                                              ne remplacent pas le sommeil, l’activité physique et les autres comportements essentiels à la santé.

* définir des moments sans média, tels que le dîner ou les trajets, ainsi que des lieux sans média à la maison, comme les chambres.

L’AAP invite également les parents à avoir une communication continue sur la citoyenneté en ligne et la sécurité, y compris le respect des autres en ligne et hors ligne.

Outre ces recommandations, l’AAP reconnait la valeur éducative des interactions directes que l’on peut avoir par le biais de conversations vidéo, des interactions qu’elle juge «critiques pour le développement du langage». L’autorité met également en évidence les avantages des nouvelles technologies pour rattraper le retard scolaire.

 

the evil device

Les conseils de VivaLing pour une utilisation raisonnée des écrans

 

Outre les déclarations de politiques de l’APP, VivaLing apportent ses conseils aux parents pour que leurs enfants fasse le meilleur usage possible des appareils électroniques:

1- Évitez les expositions excessives aux appareils électroniques

«Tous les parents sont d’accord pour dire que manger du chocolat est bon, mais manger trop de chocolat est généralement mauvais, et manger du chocolat excessivement sucré tout en ne faisant jamais d’exercice est encore pire», explique Bernard Golstein, co-fondateur et PDG de VivaLing. «Il en va de même pour les appareils électroniques: ils doivent être utilisés de manière raisonnable et être vecteur d’un contenu de haute qualité, de manière très interactive, sans jamais remplacer les activités artistiques, physiques, intellectuelles de la vraie vie.

2- Sélectionner les applications éducatives

Le Dr David Hill, président de l’AAP, insiste sur un point: toutes les applications ou les outils en ligne étiquetés «éducatifs» ne sont pas forcément adaptés pour les enfants. Il faut donc rester vigilant et ne pas hésiter à tester le contenu d’une application avant de laisser son enfant s’en servir.

 

 

babies and electronic devices

 

VivaLing conseille aux parents de vérifier chaque matériel en ligne pour leurs enfants, ou simplement de choisir un partenaire éducatif de confiance pour accompagner l’enfant dans ses apprentissages en ligne. L’outil idéal doit être capable de fournir des contenus inspirants et enrichissants pour les enfants, et de proposer une grande une variété d’activités interactives telles que des jeux, des chants et du dialogue. Plus important encore, un bon outil éducatif digital doit être en mesure de répondre aux besoins uniques de chaque enfant, à ses intérêts et à ses préférences, afin de personnaliser l’environnement pédagogique et ainsi d’obtenir de meilleurs résultats.

 

Le parcours de votre enfant avec VivaLing

Commencer tôt, bien apprendre, ne pas oublier : voilà les étapes simples du parcours de votre enfant avec VivaLing. Découvrez-en plus ci-dessous sur le cadre théorique conçu par VivaLing et sa mise en œuvre pour favoriser l’obtention de résultats concrets. Vous pouvez aussi vous référer aux articles correspondants de notre blog.

The VivaLing framework v2.6 (right) French image

 

Chez Erika et Romain, l’interprète avait trois ans et demi

Aujourd’hui nous sommes accueillis par Erika et Romain, tout juste de retour en France après de longues années à l’étranger.

 

  • En quelques mots, qui êtes-vous ?

Mon mari Romain et moi (Erika) sommes rentrés d’expatriation à Singapour le mois dernier, après y avoir vécu 9 ans ! Nous travaillons pour un grand groupe, spécialisé dans le bâtiment. Nos deux garçons sont nés à Singapour. Ils ont 2 et 4 ans.

 

  •  Quels sont vos meilleurs souvenirs personnels de multilinguisme ?

Quand nous demandons à Maxence, notre aîné, quelle est sa nationalité, il me répond : « Moi, I’m Chinese, et mon Amaury (=son petit frère), il est French ». Je dois avouer qu’on a beaucoup rigolé, mais cela montre une grande ouverture aux autres cultures et aux langues.

En mai dernier, nous sommes partis en voyage dans le Yunnan (Sud de la Chine). Autant vous dire que très peu de gens parlent anglais. Le deuxième jour, nous avions acheté une mangue sur le marché. Nous n’arrivions pas à faire comprendre au personnel de l’hôtel que nous avions besoin d’une assiette pour la découper. Imaginez alors leur tête lorsqu’ils ont vu un petit français de 3 ans et demi leur demander cette assiette en mandarin !

VivaLing - Erika & Romain - Photo 2

  • Quel est le parcours linguistique de vos enfants ?

A Singapour, nos enfants étaient inscrits dans une crèche puis école maternelle locale. Au quotidien, ils entendaient et parlaient l’anglais et le mandarin. Nous ne leur parlions que français pour éviter les mélanges (et aussi car notre accent anglais laisse à désirer). Maxence commençait à bien parler le mandarin et l’anglais, et cela nous paraissait dommage de tout arrêter a cause de notre retour en France. Il a commencé les cours de mandarin avec Vivaling en juin, un mois avant notre retour, afin de faciliter la transition. Je dois avouer que nous n’étions pas très confiants sur la suite, car au début, il refusait totalement de parler. Cependant, je sentais qu’il comprenait tout. Au bout de quelques semaines « Ni Hao » (bonjour en mandarin). La persévérance a payé, car il interagit maintenant avec sa coach « Sunny » et lui parle avec un accent impeccable. Il répète, et joue en parlant en mandarin devant l’ipad.

Amaury est encore un peu jeune pour rester assis 15 minutes devant l’ipad pour participer à un cours de langue, mais nous espérons pouvoir le faire participer ultérieurement.

 

  • Pourquoi tenez-vous à ce que vos enfants apprennent le mandarin ?

Mon mari et moi ne sommes pas très doués pour les langues. Nous parlons bien sûr français, et anglais. Nous avons cependant oublié le plus gros de l’allemand appris à l’école. Nous avons des carrières bien plus internationales que celles de nos parents, et ce sera le cas de nos enfants. Le mandarin est une langue parlée par une immense partie de la population : c’est pour eux une chance d’apprendre sans effort et avec plaisir ! Cela leur ouvrira beaucoup de possibilités à l’avenir.

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  • Qu’est-ce que VivaLing vous apporte ?

Je trouve ça extraordinaire qu’un petit garçon français puisse interagir avec une coach chinoise habitant près de Pékin, alors que lui-même habite Singapour puis la France ! Des liens se créent lors des sessions qui se veulent ludiques. A tel point que Maxence nous dit régulièrement qu’il « aime sa Laoshi Sunny » (Laoshi= maitresse en mandarin). La coach Sunny adapte les séances en fonction de l’humeur de Maxence, en inventant des histoires à partir des jouets qu’il lui présente, par exemple.

J’aime beaucoup la flexibilité qu’offre VivaLing : à partir du moment où nous avons une connexion Internet, nous pouvons poursuivre les leçons sur l’ipad, même pendant les vacances. Pas besoin de se déplacer, les séances sont plus facile à caser. Nous apprécions aussi de pouvoir repasser à l’ infini les enregistrements vidéo des séances. Une fois la routine « VivaLing » bien installée avec le mandarin, nous pensons démarrer les cours d’anglais.

Grand merci à Erika et Romain d’avoir partagé leur expérience. Si vous aussi souhaitez figurer dans cette série, contactez-nous !

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Votre enfant est-il suffisamment doué pour les langues ?

Imaginez un groupe d’individus de même âge mais tous différents, plongés dans un univers pédagogique parfaitement uniforme. Leur professeur, excellent, utilise une méthode unique pour l’enseignement ; les individus consacrent tous un temps identique aux activités langagières,  selon les mêmes modalités, et avec la même motivation. Ils sont donc exposés aux mêmes facteurs d’acquisition de langue. Et pourtant, certains apprendront mieux que d’autres. Pourquoi ?

On ne connaît pas forcément très bien l’explication de ces variations interpersonnelles, mais on a su leur donner un nom : l’aptitude d’apprentissage de langue (dont on utilisera l’abréviation AAL). C’est en quelque sorte la variable explicative de dernier recours une fois épuisés tous les facteurs et éléments différentiateurs connus. En termes moins scientifiques, et en écartant les cas pathologiques,  on dirait que la personne est plus ou moins douée pour l’apprentissage des langues, là où les spécialistes parlent d’une aptitude d’apprentissage de langue plus ou moins élevée.

L’AAL est étudiée depuis longtemps. John B. Carroll, un éminent psycholinguiste, en fut l’un des pionniers. Il développa même dans les années 50  le premier test pour la mesurer : le MLAT (Modern Language Aptitude Test). Ce test, encore en usage dans certains milieux gouvernementaux américains, s’appuie sur plusieurs composantes : la première phonémique, la seconde ayant trait à la mémoire associative, la troisième grammaticale, la dernière portant sur la capacité d’apprentissage inductif, autrement dit la capacité à déduire les règles gouvernant la structure de la langue. D’autres tests existent, l’un des plus récents ayant été développés au début des années 2000 par Paul Meara. Celui-ci s’intéresse également à un ensemble de capacités : orales, visuelles, associatives, ou d’inférences grammaticales.

Differentes theories sur l'aptitude d'apprentissage de langue (credit: collaborativestudyguide.wikispaces.com LING+575)

Differentes theories sur l’aptitude d’apprentissage de langue (credit: collaborativestudyguide.wikispaces.com LING+575)

L’aptitude d’apprentissage de langue est supposée relativement stable dans le temps, une fois la maturité développementale arrivée. Sans surprise, le niveau de langue atteint par un apprenant est d’autant plus élevé que son AAL  est grande. La notion est tout de même soumise à une certaine controverse, en raison du risque de circularité : la qualité de l’apprentissage élève-t-elle à son tour l’AAL ?

En 2008, une équipe de chercheurs suédois emmenée par Abrahamsson s’est intéressée à la variation de l’impact de l’AAL avec l’âge. En d’autres termes, l’impact de l’AAL est-il aussi important pour les enfants que pour les adultes ? En langage commun, un enfant peut-il être plus ou moins doué pour les langues et cela conditionne-t-il son niveau d’apprentissage ? Une expérience a donc été menée sur 42 adultes espagnols ayant atteint un très bon niveau de suédois. Détail fondamental : 31 d’entre eux avaient appris le suédois dans leur petite enfance, et 11 après la puberté. Désormais adultes, les voilà donc soumis à un test d’AAL.

Comme les auteurs de l’étude l’avaient anticipé, l’AAL était un bien meilleur prédicteur de niveau atteint pour les apprenants adultes, que pour les enfants. Les sujets ayant appris adultes et atteint un très bon niveau avaient tous une AAL élevée, alors que l’AAL des apprenants enfants étaint très variable suivant les individus. Cela confirmait l’hypothèse suivant laquelle être enfant est en soi un avantage tellement important dans l’apprentissage des langues qu’il efface les différences d’aptitude de langue. Pour être tout-à-fait  précis, les différences d’AAL avaient effectivement été presque entièrement neutralisées, mais pas complètement – ce qui constitua une petite surprise.

comparing children (credit 2dayswoman)

Pas tellement de difference individuelle chez les enfants apprenants de langue… (credit 2dayswoman)

Abrahamsson conclut donc qu’avoir une AAL élevée facilite significativement l’apprentissage de langues étrangères chez les adultes, et donne peut-être un petit coup de pouce aux enfants. Mais si l’on regarde la confirmation principale de l’étude, on peut répondre à la question que vous vous posiez certainement : oui, votre enfant est suffisamment doué pour les langues, puisque c’est un enfant.

 

Pour en savoir plus :

Abrahamsson, N., & Hyltenstam, K. (2008). THE ROBUSTNESS OF APTITUDE EFFECTS IN NEAR-NATIVE SECOND LANGUAGE ACQUISITIONStudies in Second Language Acquisition30(04), 481–509.