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Pour lire le chinois il faut commencer tôt

Dans toute langue écrite, les mots font l’objet d’une triple correspondance : la prononciation, l’écriture, et évidemment la signification (ou plus correctement le signifié). Ainsi, le mot français cheval désigne l’animal de trait et de course, se prononce /ʃə.val/et s’écrit c-h-e-v-a-l. L’écriture du français étant alphabétique et le mot cheval régulier, toute personne sachant lire saura prononcer correctement ce mot même s’il ne l’a jamais vu écrit auparavant. Comme nous l’explique S. Dehaene, la lecture emprunte ici la voie dite phonologique : les graphèmes sont mécaniquement convertis en phonèmes sans faire appel à des représentations sémantiques plus profondes.

cheval

L’histoire est tout autre en ce qui concerne le chinois. L’écriture de toutes les langues chinoises est unifiée dans le système des idéogrammes. Ces caractères chinois se prononcent différemment dans chacune des langues de la super famille, par exemple dans la plus parlée d’entre elles qui est le mandarin. Il est souvent affirmé par les non-sinisants que l’association entre un caractère chinois et sa prononciation est complètement arbitraire ; de ce fait il serait impossible de prononcer un caractère chinois, même lorsqu’on en connait la signification, si l’on n’en a pas appris par cœur la prononciation auparavant.

 

La réalité est légèrement plus subtile. Certes, il est le plus souvent indispensable d’apprendre simultanément le caractère et la prononciation de tout mot chinois. Mais il faut souligner que 80 à 90% des caractères chinois sont en fait des caractères composés. Ils comportent une racine phonétique (il y en a à peu près 200) et une racine sémantique (il y en a environ 1000). La racine phonétique, souvent du côté droit du caractère composé, peut donner des indications sur la prononciation du mot. La racine sémantique, souvent à gauche, renseigne elle sur le sens du mot, au moins en indiquant la catégorie lexicale à laquelle il appartient. Par exemple, le mot cheval s’écrit马en chinois simplifie et se prononce (troisième ton) en mandarin. La mère, elle, se prononce mā ma (ma est redoublé, le premier se prononce avec le premier ton) ; le caractère de chacun des ma se compose à gauche de la racine sémantique de femme et à droite de la racine phonétique de cheval.

ma ma French

Dans un article de 2007, Bao Guo Chen et ses collègues ont démontré que les effets de l’âge d’acquisition sur la lecture du mandarin (pour des locuteurs natifs) étaient d’autant plus importants que l’association son-caractère ou signification-caractère était arbitraire. Les caractères appris précocement étaient lus aisément ; les caractères appris tardivement étaient d’autant plus difficiles à lire que l’association au sens et à la signification était peu prédictible. En d’autres termes, plus il était difficile de déduire la signification et la prononciation d’un caractère, plus la qualité et la rapidité de la lecture pâtissaient de l’apprentissage tardif.

 

Ainsi, au sein même de la langue chinoise et pour des locuteurs chinois natifs, les effets de l’âge d’acquisition croissent avec la nature arbitraire de la correspondance entre signification, prononciation et écriture. Qu’en est-il des langues alphabétiques ? Dans celles-ci on peut par définition avoir une bonne idée de la prononciation d’un mot lorsqu’on le lit*. Or prise dans sa totalité, la langue chinoise est notoirement plus arbitraire dans ses correspondances que toutes les langues alphabétiques. On peut donc supposer que pour le chinois plus encore que pour les autres langues, il y a intérêt à apprendre la langue précocement afin de ne pas souffrir des effets accentués de l’âge d’acquisition sur la lecture.

 

 

 

 

 

Pour en savoir plus :
Chen, B. G., Zhou, H. X., Dunlap, S. and Perfetti, C. A. (2007).Age of acquisition effects in reading Chinese: Evidence in favour of the arbitrary mapping hypothesis. British Journal of Psychology, 98: 499–516. doi: 10.1348/000712606X165484

Stanislas Dehaene (2007). Les neurones de la lectureEditions Odile Jacob

 

Note : * La situation varie toutefois de langue en langue. L’italien ou le turc, par exemple, sont extrêmement simples à prononcer à la simple lecture, tandis qu’une même orthographe anglaise peut se lire de multiples façons différentes (il suffit pour s’en convaincre de regarder la prononciation de la finale de  tough, through, thorough, etc…)

Le parcours de votre enfant avec VivaLing

Commencer tôt, bien apprendre, ne pas oublier : voilà les étapes simples du parcours de votre enfant avec VivaLing. Découvrez-en plus ci-dessous sur le cadre théorique conçu par VivaLing et sa mise en œuvre pour favoriser l’obtention de résultats concrets. Vous pouvez aussi vous référer aux articles correspondants de notre blog.

The VivaLing framework v2.6 (right) French image

 

5 mythes sur l’apprentissage par votre enfant d’une seconde langue

Un jour sans-doute vous aurez à décider d’encourager ou non votre enfant à apprendre une seconde langue. Voila 5 mythes qu’il vous faut d’abord dissiper.

  • Mythe 1 : La plupart des enfants sont monolingues, pourquoi se faire du souci ?

Et bien non. Plus de la moitié de la population mondiale grandit en fait en parlant plus d’une langue. Pour commencer, certains pays (comme par exemple Singapour) sont officiellement multilingues, et beaucoup d’autres le sont en pratique. En Chine, si le mandarin est la lingua franca, des centaines de millions de personnes parlent des langues régionales comme le shanghaïais, le cantonais ou le hokkien. En Inde la plupart des gens parlent l’une ou l’autre, voire les deux langues nationales (anglais et hindi), une langue régionale officielle (il y en a 22), et une langue locale ou familiale. Même en Europe, de plus en plus d’enfants grandissent avec plusieurs langues tant et si bien que les multilingues forment maintenant 54% de la population.

  • Mythe 2 : Laissez les enfants tranquilles, ils apprendront quand ils seront grands.

Si seulement c’était le cas – mais ce ne l’est pas. Il est vrai que les adultes progressent beaucoup plus vite, au début, grâce aux capacités analytiques et au savoir accumulés pendant toute leur vie. Mais ils plafonnent très rapidement. Et la hauteur de ce plafond varie grandement d’un individu à l’autre. En revanche, les enfants commencent peut-être plus lentement, mais eux – et eux seuls – pourront surmonter les difficultés de prononciation, d’exactitude et de fluidité. Gardez cette règle générale en tête : l’âge d’acquisition d’une langue est une très bonne indicateur du niveau finalement atteint. L’enfance est en effet une période sensible pour l’apprentissage des langues. Ah, et au fait, ils peuvent aussi apprendre en s’amusant.

  • Mythe 3 : Les enfants multilingues ont un retard de développement langagier.

Faux. Les enfants grandissant avec deux langues ou plus n’ont pas de retard de développement langagier particulier. Évidemment, leur vocabulaire dans l’une ou l’autre langue sera souvent inférieur à celui d’un monolingue ; mais pris ensemble, les vocabulaires des deux langues sont au moins aussi importants que celui d’un enfant monolingue. Il y a aussi des interférences positives, comme un savoir métalinguistique acquis au travers d’une langue et transféré à l’autre.

  • Mythe 4 : Les enfants multilingues confondent leurs différentes langues.

Non, pas du tout. En fait, dès la naissance, les enfants peuvent distinguer des langues différentes. Ce qui effectivement se produit, c’est qu’au cours d’une conversation, un enfant parlant plusieurs langues les mélange (au sens de “combine” ou “utilise simultanément”) mais ce n’est pas de la confusion. On appelle cela le code switching (et je viens de l’illustrer en utilisant un terme en anglais). Quelle en est la cause? C’est souvent que le bon mot vient d’abord à l’esprit de l’enfant dans l’autre langue (et peut-être ne le connait-il même pas dans la première langue). Cela n’arrive que lorsque l’enfant sait que son interlocuteur parle aussi la seconde langue. En conversation avec un monolingue ou si on leur demande de ne pas faire de code switching, les enfants s’en tiendront à une seule langue.

  • Mythe 5 : Il n’y a pas vraiment d’avantages à apprendre d’autres langues.

Ah bon ? Tenez-vous bien, quelqu’un prétend avoir calculé récemment le retour sur investissement de l’apprentissage de langue en étudiant les salaires ; selon lui seul l’apprentissage de l’anglais vaut le coup ! Mais être multilingue, c’est tellement plus qu’avoir un salaire plus élevé. Une vraie réussite à l’école et au travail, en captant les détails les plus subtils. L’ouverture à d’autres gens et cultures, en parlant à leur coeur et non pas à leur cerveau. Les avantages cognitifs non linguistiques, comme une plus grande capacité à traiter des information contradictoires. Et même, comme cela a été découvert récemment, une survenue plus tardive des maladies du grand âge comme celle d’Alzheimer.

Convaincus ? Dites-nous tout !

Chez Erika et Romain, l’interprète avait trois ans et demi

Aujourd’hui nous sommes accueillis par Erika et Romain, tout juste de retour en France après de longues années à l’étranger.

 

  • En quelques mots, qui êtes-vous ?

Mon mari Romain et moi (Erika) sommes rentrés d’expatriation à Singapour le mois dernier, après y avoir vécu 9 ans ! Nous travaillons pour un grand groupe, spécialisé dans le bâtiment. Nos deux garçons sont nés à Singapour. Ils ont 2 et 4 ans.

 

  •  Quels sont vos meilleurs souvenirs personnels de multilinguisme ?

Quand nous demandons à Maxence, notre aîné, quelle est sa nationalité, il me répond : « Moi, I’m Chinese, et mon Amaury (=son petit frère), il est French ». Je dois avouer qu’on a beaucoup rigolé, mais cela montre une grande ouverture aux autres cultures et aux langues.

En mai dernier, nous sommes partis en voyage dans le Yunnan (Sud de la Chine). Autant vous dire que très peu de gens parlent anglais. Le deuxième jour, nous avions acheté une mangue sur le marché. Nous n’arrivions pas à faire comprendre au personnel de l’hôtel que nous avions besoin d’une assiette pour la découper. Imaginez alors leur tête lorsqu’ils ont vu un petit français de 3 ans et demi leur demander cette assiette en mandarin !

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  • Quel est le parcours linguistique de vos enfants ?

A Singapour, nos enfants étaient inscrits dans une crèche puis école maternelle locale. Au quotidien, ils entendaient et parlaient l’anglais et le mandarin. Nous ne leur parlions que français pour éviter les mélanges (et aussi car notre accent anglais laisse à désirer). Maxence commençait à bien parler le mandarin et l’anglais, et cela nous paraissait dommage de tout arrêter a cause de notre retour en France. Il a commencé les cours de mandarin avec Vivaling en juin, un mois avant notre retour, afin de faciliter la transition. Je dois avouer que nous n’étions pas très confiants sur la suite, car au début, il refusait totalement de parler. Cependant, je sentais qu’il comprenait tout. Au bout de quelques semaines « Ni Hao » (bonjour en mandarin). La persévérance a payé, car il interagit maintenant avec sa coach « Sunny » et lui parle avec un accent impeccable. Il répète, et joue en parlant en mandarin devant l’ipad.

Amaury est encore un peu jeune pour rester assis 15 minutes devant l’ipad pour participer à un cours de langue, mais nous espérons pouvoir le faire participer ultérieurement.

 

  • Pourquoi tenez-vous à ce que vos enfants apprennent le mandarin ?

Mon mari et moi ne sommes pas très doués pour les langues. Nous parlons bien sûr français, et anglais. Nous avons cependant oublié le plus gros de l’allemand appris à l’école. Nous avons des carrières bien plus internationales que celles de nos parents, et ce sera le cas de nos enfants. Le mandarin est une langue parlée par une immense partie de la population : c’est pour eux une chance d’apprendre sans effort et avec plaisir ! Cela leur ouvrira beaucoup de possibilités à l’avenir.

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  • Qu’est-ce que VivaLing vous apporte ?

Je trouve ça extraordinaire qu’un petit garçon français puisse interagir avec une coach chinoise habitant près de Pékin, alors que lui-même habite Singapour puis la France ! Des liens se créent lors des sessions qui se veulent ludiques. A tel point que Maxence nous dit régulièrement qu’il « aime sa Laoshi Sunny » (Laoshi= maitresse en mandarin). La coach Sunny adapte les séances en fonction de l’humeur de Maxence, en inventant des histoires à partir des jouets qu’il lui présente, par exemple.

J’aime beaucoup la flexibilité qu’offre VivaLing : à partir du moment où nous avons une connexion Internet, nous pouvons poursuivre les leçons sur l’ipad, même pendant les vacances. Pas besoin de se déplacer, les séances sont plus facile à caser. Nous apprécions aussi de pouvoir repasser à l’ infini les enregistrements vidéo des séances. Une fois la routine « VivaLing » bien installée avec le mandarin, nous pensons démarrer les cours d’anglais.

Grand merci à Erika et Romain d’avoir partagé leur expérience. Si vous aussi souhaitez figurer dans cette série, contactez-nous !

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Votre enfant pourrait-il oublier une langue ?

Les parents de Sarah et Jeremie* nous ont rapporté l’histoire linguistique familiale. De père français et de mère sud-africaine anglophone, les deux jeunes enfants grandissent en bilingues simultanés. Nés en Inde, entourés de nounous qui ont pour stricte instruction de ne parler que Hindi, les petits acquièrent rapidement une très bonne compréhension de la langue locale. Lorsque Sarah atteint l’âge de 5 ans et Jeremie celui de 3 ans et demi, la famille quitte l’Inde pour Singapour. Les deux enfants, au début, gratifient tous les Singapouriens d’un « namasté » enthousiaste – même ceux dont l’origine est manifestement chinoise ou malaise. Rapidement, leurs tentatives de communication s’avérant infructueuses, les enfants se rabattent sur l’anglais qui est compris par tous. Un beau jour, six mois après leur arrivée à Singapour, un Indien s’adresse à eux dans un Hindi très simple pour leur demander leur nom. A la surprise générale, les enfants restent muets, ne comprenant manifestement pas la question. Les parents décontenancés font d’autres tentatives en Hindi mais doivent bientôt se rendre à l’évidence : le Hindi de leurs enfants paraît s’être complètement volatilisé.

Le cas est loin d’être unique. Les familles expatriées, notamment, le savent bien et regorgent d’anecdotes sur le sujet. D’abord si promptes à s’émerveiller de l’acquisition linguistique quasi miraculeuse de leurs enfants, elles sont souvent interloquées de voir la seconde langue s’évanouir aussi vite qu’elle a été apprise. Dans son livre  Bilingual, Francois Grojean relate plusieurs témoignages : celui du petit Stephen, qui à l’âge de 8 ans avait déjà appris trois langues et oublié deux d’entre elles. Ou celui de Kai Fong, de langue maternelle cantonaise, émigré aux Etats-Unis avec ses parents à l’âge de 5 ans, et qui à 10 ans, ne parlant plus qu’anglais, se retrouve désormais incapable de converser avec les membres plus âgés de la famille.

Mais tous ces parents déboussolés nourrissent souvent un espoir secret : la langue manquante n’est-elle pas enfouie quelque part dans le cerveau, prête à resurgir si les conditions s’y prêtent ?

Pour répondre notamment à cette question de manière formelle, Christophe Pallier choisit d’étudier en 2003 des orphelins adoptés dans leur enfance ou petite enfance par des familles de langue différente. Les sujets finalement retenus sont des Coréens adoptés entre l’âge de 3 et 10 ans par des familles de langue française. Les enfants ont donc abandonné l’usage de leur langue maternelle, le coréen, du jour au lendemain. Parvenus à l’âge adulte, ils subissent une batterie de tests de la part de Pallier et son équipe. Les tests consistent par exemple à reconnaitre des phrases en coréen parmi d’autres langues, ou à identifier parmi deux mots la traduction coréenne d’un mot français. Pendant ces opérations l’activité cérébrale des sujets est observée par résonnance magnétique fonctionnelle. Pour chacune des expériences et observations, les résultats des orphelins coréens sont comparés à ceux d’un groupe de contrôle français. Le verdict est sans appel : les deux groupes sont quasi indiscernables ; les orphelins coréens n’ayant gardé aucune mémoire du coréen – ou presque. La seule différence est que les orphelins reconnaissent mieux que le groupe de contrôle une série de nombres en coréen.

Christophe Pallier rapporte néanmoins les conclusions d’autres chercheurs tendant à prouver certains acquis définitifs liés à l’exposition précoce à une seconde langue, même si celle-ci (voire même la langue maternelle) est plus tard « oubliée ». Ces avantages supposés ont trait essentiellement aux domaines de la perception et la production des sons – mais les conditions expérimentales étaient légèrement différentes et l’exposition au langage « oublié » n’avait pas été complètement interrompue.

Au vu des résultats, les actions à mener sont donc claires. L’enfance et la petite enfance permettent certes d’acquérir une seconde langue dans des conditions optimales, mais celle-ci, si elle n’est pas entretenue, peut disparaitre aussi vite qu’elle est arrivée. Il n’en restera rien, ou pratiquement rien. Il faut donc pratiquer ! Enfin, d’autres études mentionnées par Christophe Pallier ou compilées sur le site de Monika Schmid indiquent que si la langue est conservée jusqu’à la puberté, l’attrition sera par la suite beaucoup plus faible. Voilà une raison supplémentaire pour consolider ses acquis linguistiques en seconde langue jusqu’à la puberté au moins.
* Note : les prénoms ont été modifiés.

Pour en savoir plus :

Schmid, Monika. The attrition website

Grosjean, F (2010). Bilingual. Harvard University Press

Pallier, C (2007). Critical periods in language acquisition and language attrition.  In Barbara Köpke, Monika S. Schmid, Merel Keijzer, and Susan Dostert, editors,Language Attrition: Theoretical perspectives. John Benjamins, Amsterdam

De Shanghai à Dubai – Gaelle, JB et leurs 4 enfants se rassasient de langues

Aujourd’hui nous inaugurons une nouvelle rubrique de notre blog : les portraits linguistiques familiaux. Chaque mois, une famille partage avec nous son expérience du multilinguisme, sa motivation, ses modalités, les éventuelles difficultés et les joies assurées. La famille nous gratifie aussi de photos tirées de sa mediathèque personnelle ! Pour ce premier portrait nous avons le privilège d’être accueillis par Gaëlle, Jean-Baptiste (JB) et leurs quatre enfants dans les sables de la péninsule arabique.

  • En quelques mots, qui êtes-vous ?

Depuis notre petite enfance, mon mari JB et moi, Gaëlle, avons été exposés à un milieu international. Nous sommes tous deux nés en France. Quand j’avais 18 mois, mes parents sont partis pour deux ans aux Etats-Unis. Même si je ne m’en souviens pas, mes parents racontent souvent que j’ai commencé à parler anglais à la crèche. Ils sont ensuite partis en Afrique, et disent que j’étais très heureuse d’être la seule petite blonde parmi mes amis africains. De son côté, JB, est parti au Brésil au même âge, et a passé 6 années inoubliables dans ce pays merveilleux. Lorsque nous nous sommes mariés, nous désirions ardemment aller à l’étranger ensemble. Nous avons vécu 6 mois à Vienne (Autriche) et 3 ans à Chicago (Etats-Unis). Cependant nous avons souhaité rentrer en France pour fonder une famille … mais nous savions déjà que nous repartirions à l’étranger avec nos enfants. Nos 3 premiers enfants sont nés en France. Puis mon mari a eu une offre d’emploi à Shanghai (Chine), où notre quatrième enfant est né. L’année dernière, nous avons déménagé à Dubai pour une autre opportunité professionnelle. Chameaux - HAZ

  • Quels sont vos meilleurs souvenirs personnels de multilinguisme ?

Quand nous nous trouvons dans un pays pour affaires ou pour le plaisir, nous aimons interagir avec les habitants locaux et découvrir leur culture  – c’est dans notre nature. Nos meilleurs souvenirs sont en Chine, où nous avons croisé des gens merveilleux. Parler chinois nous permettait de voyager seuls dans des provinces éloignées où les guides ne nous auraient pas emmenés. Débarquer dans des villages avec une famille de 6 personnes, voilà qui était très inhabituel ! La question qui revenait le plus souvent était de savoir si les 4 enfants étaient bien les nôtres. Quand les villageois réalisaient que nous parlions chinois, la conversation s’animait et nous échangions sur une multitude de sujets. Chinoise - HAZ

  • Quel est le parcours linguistique de vos enfants ?

Pour initier leur apprentissage des langues, nous avons inscrit nos enfants dans un programme bilingue français anglais à l’école française de Shanghai. La classe se tenait en alternance un jour en français avec un professeur français, et un jour en anglais avec un locuteur natif. Ils ont aussi commencé le chinois à 5 ans. Ils ont appris à parler et écrire. Pour un petit enfant, écrire en chinois ressemble à un jeu de dessin, ce qui augmente leur motivation. Désormais à Dubaï, ils apprennent l’arabe. Ils prennent toujours des cours d’anglais à l’école mais le défi est d’entretenir leur chinois. Panda - HAZ

  • Pourquoi tenez-vous à ce que vos enfants apprennent le chinois ?

Nous pensons qu’au 21ème siècle, il deviendra de plus en plus important de pouvoir interagir avec la Chine. Parler chinois et comprendre la culture sera un atout considérable pour réussir dans cet environnement. De plus, apprendre le chinois est beaucoup plus facile pour un enfant que pour un adulte. Et très peu de gens font l’effort d’apprendre le chinois. Les communautés chinoises sont de plus en plus nombreuses et puissantes à travers le monde. Les entreprises auront besoin de gens sachant s’occuper d’elles. Shanghai - HAZ

  • Qu’est-ce que VivaLing vous apporte ?

Puisque l’école ne proposait pas de cours de chinois, nous avons cherché des solutions pour nos enfants. Nous avons d’abord commencé avec un professeur de chinois chez qui nous nous rendions, mais nous avons changé pour les raisons suivantes : – Les sessions de VivaLing se passent à la maison et nous épargnent une perte de temps considérable dans les transports – VivaLing propose une méthodologie éprouvée qui garantit aux parents que leurs enfants apprennent quelque chose. Les sessions sont bien structurées, avec une attention particulière au vocabulaire, à la prononciation, aux phrases. Notre coach est super et a beaucoup d’énergie ; le format de 25 minutes est particulièrement efficace. Les parents ont accès au contenu de la session, à la vidéo, et au feedback du coach. Cela facilite le suivi de ce que les enfants apprennent. De plus, les jeux de fiches sont une façon amusante pour les enfants de réviser entre deux sessions. Avant de débuter avec VivaLing, nous étions réticents à ce que nos enfants apprennent derrière un ordinateur, sur internet. Mais nous réalisons maintenant que c’est vraiment bien. Les enfants adorent et sont très à l’aise avec cette solution. VivaLing - HAZ

Grand merci à Gaëlle et JB d’avoir partagé leur expérience. Si vous aussi souhaitez figurer dans cette série, contactez-nous !

Votre enfant est-il suffisamment doué pour les langues ?

Imaginez un groupe d’individus de même âge mais tous différents, plongés dans un univers pédagogique parfaitement uniforme. Leur professeur, excellent, utilise une méthode unique pour l’enseignement ; les individus consacrent tous un temps identique aux activités langagières,  selon les mêmes modalités, et avec la même motivation. Ils sont donc exposés aux mêmes facteurs d’acquisition de langue. Et pourtant, certains apprendront mieux que d’autres. Pourquoi ?

On ne connaît pas forcément très bien l’explication de ces variations interpersonnelles, mais on a su leur donner un nom : l’aptitude d’apprentissage de langue (dont on utilisera l’abréviation AAL). C’est en quelque sorte la variable explicative de dernier recours une fois épuisés tous les facteurs et éléments différentiateurs connus. En termes moins scientifiques, et en écartant les cas pathologiques,  on dirait que la personne est plus ou moins douée pour l’apprentissage des langues, là où les spécialistes parlent d’une aptitude d’apprentissage de langue plus ou moins élevée.

L’AAL est étudiée depuis longtemps. John B. Carroll, un éminent psycholinguiste, en fut l’un des pionniers. Il développa même dans les années 50  le premier test pour la mesurer : le MLAT (Modern Language Aptitude Test). Ce test, encore en usage dans certains milieux gouvernementaux américains, s’appuie sur plusieurs composantes : la première phonémique, la seconde ayant trait à la mémoire associative, la troisième grammaticale, la dernière portant sur la capacité d’apprentissage inductif, autrement dit la capacité à déduire les règles gouvernant la structure de la langue. D’autres tests existent, l’un des plus récents ayant été développés au début des années 2000 par Paul Meara. Celui-ci s’intéresse également à un ensemble de capacités : orales, visuelles, associatives, ou d’inférences grammaticales.

Differentes theories sur l'aptitude d'apprentissage de langue (credit: collaborativestudyguide.wikispaces.com LING+575)

Differentes theories sur l’aptitude d’apprentissage de langue (credit: collaborativestudyguide.wikispaces.com LING+575)

L’aptitude d’apprentissage de langue est supposée relativement stable dans le temps, une fois la maturité développementale arrivée. Sans surprise, le niveau de langue atteint par un apprenant est d’autant plus élevé que son AAL  est grande. La notion est tout de même soumise à une certaine controverse, en raison du risque de circularité : la qualité de l’apprentissage élève-t-elle à son tour l’AAL ?

En 2008, une équipe de chercheurs suédois emmenée par Abrahamsson s’est intéressée à la variation de l’impact de l’AAL avec l’âge. En d’autres termes, l’impact de l’AAL est-il aussi important pour les enfants que pour les adultes ? En langage commun, un enfant peut-il être plus ou moins doué pour les langues et cela conditionne-t-il son niveau d’apprentissage ? Une expérience a donc été menée sur 42 adultes espagnols ayant atteint un très bon niveau de suédois. Détail fondamental : 31 d’entre eux avaient appris le suédois dans leur petite enfance, et 11 après la puberté. Désormais adultes, les voilà donc soumis à un test d’AAL.

Comme les auteurs de l’étude l’avaient anticipé, l’AAL était un bien meilleur prédicteur de niveau atteint pour les apprenants adultes, que pour les enfants. Les sujets ayant appris adultes et atteint un très bon niveau avaient tous une AAL élevée, alors que l’AAL des apprenants enfants étaint très variable suivant les individus. Cela confirmait l’hypothèse suivant laquelle être enfant est en soi un avantage tellement important dans l’apprentissage des langues qu’il efface les différences d’aptitude de langue. Pour être tout-à-fait  précis, les différences d’AAL avaient effectivement été presque entièrement neutralisées, mais pas complètement – ce qui constitua une petite surprise.

comparing children (credit 2dayswoman)

Pas tellement de difference individuelle chez les enfants apprenants de langue… (credit 2dayswoman)

Abrahamsson conclut donc qu’avoir une AAL élevée facilite significativement l’apprentissage de langues étrangères chez les adultes, et donne peut-être un petit coup de pouce aux enfants. Mais si l’on regarde la confirmation principale de l’étude, on peut répondre à la question que vous vous posiez certainement : oui, votre enfant est suffisamment doué pour les langues, puisque c’est un enfant.

 

Pour en savoir plus :

Abrahamsson, N., & Hyltenstam, K. (2008). THE ROBUSTNESS OF APTITUDE EFFECTS IN NEAR-NATIVE SECOND LANGUAGE ACQUISITIONStudies in Second Language Acquisition30(04), 481–509.

Seuls les enfants peuvent (vraiment) apprendre

Le fait est avéré : l’âge d’acquisition est un prédicteur fort de la maîtrise maximale atteinte lors de l’apprentissage d’une seconde langue. Autrement dit, viser un niveau de langue équivalent à celui d’un locuteur natif implique de se lancer dans un apprentissage précoce. Ceci n’est pas seulement le constat de tout adulte s’émerveillant devant la faculté des jeunes enfants à apprendre, ou encore se lamentant de ses propres difficultés à franchir certains paliers. Ce sont également des faits sur lesquels tous les scientifiques s’accordent désormais.

Ceci ne signifie pas que les adultes ne puissent pas apprendre du tout. Au contraire, les adultes sont souvent capables de débuter un apprentissage de seconde langue beaucoup plus rapidement que les enfants. Ils ont développé au cours de leur vie des capacités cognitives bien supérieures à celles des enfants. Lorsqu’ils abordent une langue, ils sont immédiatement capables de structurer leur apprentissage et d’organiser leur savoir ; de faire des comparaisons phonologiques, syntaxiques, ou sémantiques avec d’autres langues ou groupes linguistiques ; d’assimiler et de généraliser une règle.

Mais à terme le temps et l’énergie que les adultes doivent consacrer à leur apprentissage dépassent largement ceux des enfants. Et les obstacles ne tardent pas à se présenter.  La qualité de la prononciation est généralement un problème insurmontable rencontré dès le début. Rapidement, les adultes atteignent un plafond général. Chez de nombreux apprenants, la construction des phrases sera un effort conscient et réfléchi, un exercice intellectuel plutôt que le jet naturel ou le quasi-réflexe d’un locuteur natif. Même les apprenants extrêmement talentueux seront trahis tôt ou tard par un aspect du discours : une sonorité jamais entendue, un trait de langage jamais utilisé ou une faute jamais commise par un locuteur natif.

Language proficiency and age of acquisition

Niveau de langue atteint en fin d’apprentissage, en fonction de l’âge d’acquisition (credit : inspiré de Patricia Kuhl)

Les enfants apprennent donc beaucoup mieux que les adultes ; ceux-ci peuvent toutefois apprendre dans une certaine mesure. Fort de ce constat, la notion historique de période critique est maintenant délaissée au profit de celle de période sensible d’apprentissage. Lorsque la notion de période critique prévalait on pensait qu’à un certain âge de la vie, situé selon les auteurs quelque part entre 4-5 ans et l’adolescence, la capacité à apprendre subissait une brusque discontinuité pour quasiment disparaitre du jour au lendemain. Les théories plus raffinées distinguaient plusieurs périodes critiques selon les éléments du langage : la phonologie, la morphologie, la sémantique…  Ce n’est plus ce que l’on croit aujourd’hui (à l’exception de la phonologie). Aujourd’hui on retient plutôt l’idée de période sensible s’achevant à la préadolescence ; pendant cette période sensible l’apprentissage est nettement plus aisé que par la suite.

Avez-vous vous aussi constaté cette aisance considérable des enfants à apprendre par rapport aux adultes ?

Vous pourrez comprendre dans notre billet suivant pourquoi les enfants apprennent mieux.